Bon, il ne pleut pas! V'là la chance pour l'Homme d'enfin visiter Manhattan sur son cher vélo. À tous les jours il m'en a parlé. Et souvent. Je dirais même, beaucoup. Pas trop, mais assez pour que j'aie hâte qu'il puisse en faire.
Non mais imaginons seulement que l'occasion ne se soit pas présentée... Aïe! Je sens que j'en aurais aussi entendu parler. Mais j'extrapole, là. Je parle dans le vide. Je ne fais que présumer. À la limite, je suis presqu'en train de médire.
Enfin bref, il avait hâte.
Debout très tôt, il frétillait dans la chambre. J'avais pas fini de me réveiller qu'il était en collant noir, le chandail aérodynamique-qui-respire-et-ne-transpire-pas sur le dos, les p'tits gants dans les mains, le casque en dessous du bras, la mappe de Manhattan entre les dents, les lunettes de soleil sur le nez, la crème solaire sur le crâne et les yeux plein de joie.
Quiconque l'aurait vu, aurait été content pour lui.
Être aussi heureux, ça fait presque pitié!
J'ai fait ni une ni deux, je me suis levée et habillée, et suis sortie en même temps que lui, comme ça, à jeun, sans mon agrume et mon bol de céréales dans le corps, juste pour prendre une ou deux photos pour la postérité et lui faire des bye-bye sur le quai en le regardant partir par le traversier en direction de Manhattan.
Après avoir pris mon petit déjeuner, je suis partie en solo par le bus. Rendue au Port Authority Bus Terminal, j'ai pris le métro en direction de Harlem. J'ai pas du sortir à un endroit stratégique, car tout ce que j'ai vu n'était que délabrement et rues bloquées par des travaux de réfection quelconques. Un moment donné, j'ai abouti au Morningside Park. J'ai marché dans ce parc jusqu'à son extrémité sud. De là, je suis entrée dans Central Park par le coin nord/ouest. Et j'ai marché, marché, marché, marché... dans ces sentiers tout en courbes, pentes, escaliers. Des bassins d'eau, une pinède, des jardins. J'ai sillonné tout le côté ouest de Central Park jusqu'à son extrémité sud. Merveilleux. Quel bel endroit. Tout partout des bancs, des gens étendus sur le gazon ici et là. Un endroit de quiétude. Et que d'oiseaux! Des cardinals, des geais bleus, des merles, des orioles, des bruants et j'en passe. C'est vraiment un beau trésor pour une cité comme New York d'avoir un tel parc.
Trois heures. Trois heures que ça m'a pris pour traverser Central Park. Pis j'ai continué à marcher en descendant la 8e avenue. On aurait dit que mes jambes ne savaient plus comment arrêter. J'ai mangé un lunch puis suis repartie. Et là me revient en mémoire ce magasin de chaussures dans Soho. Hop, dans le métro et je descend à une station qui me paraît être dans le secteur.
Où est ce fichu magasin... Et voilà que je vois une fille avec un sac d'achat de cette boutique qui arrive sur le trottoir. Je me lance donc dans le sens inverse de sa trajectoire. En voici une autre qui vient dans ma direction. Je suis sur la bonne piste. Et une autre, et une autre. Toutes des clientes satisfaites. Je suis encouragée. Après quelques rues j'arrive enfin au Century 21, la fameuse boutique. J'y ai passé une bonne heure à essayer sandales, escarpins, espadrilles, ballerines. Rien. Je suis dans le paradis de la galoche et RIEN ne me fait! Ô drame!
J'ai redirigé mon pied un peu long vers le nord. J'ai traverser Soho, Greenwich village et comme il commençait à faire un peu noir, je me suis trouvé un endroit où acheter un plat pour emporter et j'ai repris le métro pour revenir au Bus Terminal.
Huit heures et demie. Au total, j'ai pris une marche de huit heures et demie!
Et le pire? C'est que tout au long de la journée je me suis demandé si mon homme faisait une belle randonnée. Je l'imaginais sur toutes sortes de pistes cyclables. Finalement, le son de sa voix me disant : "ça, c'est un beau quartier à visiter en vélo" ou encore "maudit que ça doit être beau suivre cette piste cyclable!" ou "ouais, j'suis dû pour pédaler un peu, moi là..." m'a manqué.
Et encore une fois, mon très maigre album de spécimens. Pour moi je commence à m'habituer et je ne les remarque plus.